L’accouchement imparfait d’une petite créature parfaite

Je craignais ce moment depuis le début. Je ne suis pas si forte, je ne suis pas si endurante, je ne suis pas si brave. Je m’imaginais déjà demander l’épidurale avant même d’avoir enfilé la jaquette. La peur disparaît à l’approche du grand jour m’avait t’on dit. Avec raison. La hâte et, avouons-le, l’écœurantite surpassent la peur.

Même si mon premier avant-goût de la chose m’avait fait un mal atroce, avec de fausses contractions douloureuses durant entre 5 et 7 minutes chacune, je croyais encore possible, bien naïvement, un accouchement rapide et pas trop douloureux. J’en étais bientôt à 41 semaines et une date était déjà avancée pour que je sois provoquée.

C’est le 1er juillet, vers 17 heures que je perdis une partie de mes eaux en nettoyant la chambre du futur petit homme. Un coup de fil à la maternité plus tard, alors que j’écrivais quelques mots sur le web pour passer le temps, je perdis le reste entre le salon et la salle de bain. Après une bonne douche et un repas mangé en vitesse alors que chéri moppait le plancher, nous avons pris la direction de l’hôpital.

Installés dans la chambre d’accouchement, avec aucune contraction au moniteur, nous nous préparions à passer une partie de la nuit à attendre. On nous avait donné le choix, attendre que la nature fasse son œuvre, ou provoquer le tout. Nous avons attendu jusqu’à minuit avant d’accepter les injections. Les contractions montèrent en intensité avec la nuit qui avançait. Après quelques temps, l’infirmière me proposa un bain tourbillon pour calmer ma douleur. L’effet relaxant était certes bénéfique, mais les contractions quand à elles se firent de plus en plus fortes.

J’ai voulu pleurer lorsqu’on m’annonça un faible 2 cm. « Mais ton col est presque totalement effacé, ça compte aussi » me dit la résidente pour tenter de m’encourager. On me proposa une drogue quelconque dont le nom m’échappe, une drogue que l’on ne propose que lorsque l’on sait que le travail sera long. J’étais déjà épuisée, et j’avais des bleus plein les mains à tenter la méthode Bonapace, alors cette solution fut accueillie avec plaisir. J’ai enfin pu somnoler quelque peu et chéri a pu profiter du confort du plancher pour s’assoupir.

Je ne me souviens plus de l’heure qu’il était lorsque j’ai atteint le 4 cm. Je me souviens par contre que la drogue avait cessée de faire effet et que je réclamais l’épidurale malgré ma terreur des aiguilles. J’ai d’ailleurs fait rire l’anesthésiste avec mon cri aigu. Par contre, je me souviens très bien qu’il était midi lorsque j’ai effectué ma première poussée. Le reste est très flou dans ma mémoire. Je sais que malgré la médication je souffrais le martyr, qu’on m’a même injecté une autre drogue et une deuxième dose d’épidurale. Je sais que j’ai crié à mon chum que l’anus voulait m’exploser et qu’il a rit en imaginant la scène. Je sais que le bébé « ne regardait pas du bon bord », que c’est pour ça que c’était si douloureux et qu’on a essayé à plusieurs reprises de le retourner manuellement. Je sais qu’on a dû me donner des antibiotiques pour faire baisser ma température et augmenter les injections parce que les contractions s’espaçaient. Je sais que malgré que l’infirmière m’ait dit qu’un premier bébé ne réussi que très rarement à sortir dans cette position on s’entêtait à me faire pousser encore et encore.

J’ai paniqué. Il était 17 heures et je ne voyais plus la fin de cet accouchement. La peur se lisait sur mon visage et chéri savait que j’avais donné tout ce que j’avais. Une tentative infructueuse avec les forceps a été faite, et lorsque le mot césarienne a été murmuré, il a hurlé d’apporter les papiers. Ça faisait maintenant 24 heures que j’avais crevé mes eaux et 5 heures que je poussais.

Je n’ai pratiquement aucun souvenir entre la signature des papiers et mon réveil. Chéri devait venir me rejoindre en salle d’opération, mais lorsqu’il fut prêt on lui en interdit l’accès puisqu’on devait m’endormir pour cause de « complication ». Pauvre lui, il passa plus de 30 minutes à se morfondre et à s’inventer les pires scénario pour une complication qui n’en était pas vraiment une. Avec la dose massive de drogues que j’avais reçue, ma dernière épidurale a plus ou moins fait effet, ils ont donc préféré m’endormir.

Heureusement, maman est presque entièrement remise et bébé se porte comme un charme. Il y a de ces mauvaises expériences qui valent la peine d’être vécues…

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6 réflexions sur “L’accouchement imparfait d’une petite créature parfaite

  1. Tu es une force de la nature!

    Félicitations à vous deux, vous avez été bien courageux! Et vous avez maintenant un très joli bébé!
    Yé!

  2. Il est magnifique! Félicitations! En effet, il ne pouvait pas avoir plus imparfait comme accouchement, mais comme tu le dis si bien, il y a des mauvaises expériences qui en valent vraiment la peine!

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